17.02.2010

La foule qui étouffe

 

Zahma ya donia zahma, qui veut dire foule o monde de foule, est le titre d'une très fameuse chanson d'Ahmed Adaweya, chanteur populaire égyptien. Bien qu'elle date des années soixante dix, elle est encore d'actualité tellement les rues du Caire sont bondées et le trafic congestionné. Et pourtant, presque rien n'est fait pour contrer ce problème persistant qui a déjà des conséquences graves sur la société cairote, notamment la pollution qui plane dessus.

Une analyse de la situation a été conduite en 2002, dans le cadre d'un projet d'urbanisation - encore en cours - du Haut comité de la planification urbaine de la grande région du Caire avec la coopération de JICA (Agence japonaise de coopération internationale), sous la direction de Dr. Katsuhide Nagayama. Un des résultats était que la vitesse moyenne de circulation au Caire chuterait à 11,6 km/h en 2022. Ce qui veut dire que toutes les grandes rues de la ville seront bloquées tout au long de la journée. Une des répercussions principales sera l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre à 19,2 millions de tonnes par an contre 12,2 millions l'année ou l'étude à été menée.

Cela affectera grandement les habitants du Caire, une ville où il y a très peu d'arbres et ou il n'y a pas une heure de pointe connue. Presque tout le temps, les embouteillages bloquent la circulation et causent des retards dans chaque aspect de la vie quotidienne. L'environnement dont peu de gens se soucient souffre également. D'ailleurs, tout cairote sait qu'il est assez difficile de respirer de l'air propre en ville et d'être à l'heure à un rendez-vous. La ponctualité et le bien vivre ne sont pas de mise mais par contre, la foule toujours au rendez-vous.

Le supplice de la rue égyptienne

La densité des habitants de la ville du Caire n'aide pas : Dix-sept millions d'habitants, selon l'Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques. Les gens sont obligés de subir, jour après jour, le supplice de la rue égyptienne. « On en a tellement marre qu'on ne dit plus rien, on vit avec » dit Ali chauffeur de taxi." Ali conduit au moins dix heures par jour, c'est son gagne pain mais il aimerait bien changer de travail bientôt. « Des fois, ça me tape trop sur les nerfs de conduire, surtout lors du mois de Ramadan, quand je jeûne ».

Pr. Mahmoud Allam de l'Université du Nil, pense que la technologie peut contribuer énormément à résoudre le problème des embouteillages dans les rues du Caire et par conséquence diminuer la pollution. « Ici en Égypte, nous ne connaissons pas l'ingénierie du transport, pourtant c'est une science... nous avons une très mauvaise planification ou plutôt pas de planification du tout. La circulation est gérée par les policiers. Ils tentent désespérément de fermer des rues et changer les directions d'autres pour trouver des solutions provisoires non étudiées.» La circulation au Caire est tellement aléatoire que tout le monde avance, tant bien que mal, dans le chaos. « Les ingénieurs provenant de l'étranger, notamment un Coréen en visite au Caire estime qu'il serait intéressant d'essayer des simulations de programme de gestion du trafic ici tellement le challenge est important » dixit Pr. Allam.

Toutefois, des efforts sont faits : Un nouveau système de feux avec compteurs à rebours a été installé dans certains endroits, comme dans la rue el batal Ahmed Abdel Aziz à Mohandessin. Des caméras cachées filment en permanence ceux qui ne respectent pas ce dispositif. Des parties du centre ville sont transformées en rues piétonnes pour épargner aux égyptiens la pollution, au moins sonore, qui les rend si souvent sourds et nerveux.

Le centre ville pourra devenir une zone piétonne

Nouvelle mode dans la planification urbaine des rues du Caire : Les u-turn censés fluidifier la circulation mais cela est-il vraiment efficace ? Selon Mohamed Fangary, urbaniste à Environics, compagnie œuvrant dans la consultation environnementale, le système a des manquements : « Dans certaines rues de Mohandessin ou ils ont mis des u-turns, comme le croisement de la rue Shehab et Gaamet el dewal, avant il y avait des feux et cela créait moins de zone de conflit ». Il ajoute « Dans les carrefours, on ne peut pas enlever les feux de circulation, comme ca a été fait et se contenter des u-turns ». 

D'autre part, dans une tentative d'améliorer, un appel à projet pour développer le centre ville a été lancé par l'Agence de la planification urbaine du ministère de l'habitat. « La soumission de projets se fera en avril et dès juin 2010, le coup d'envoi des travaux devra commencer » a dit Fady Lotfi, ingénieur dans la société consultants associés candidate. « Le centre ville pourra devenir une zone piétonne. Les limites s'étendraient de la corniche à la rue Ramsés, une des plus polluées. Cela permettra aux gens de mieux respirer » a ajouté Fady. Peu de rues en Égypte ont connu ce développement qui donnerait un peu d'espace aux piétons qui souffrent au quotidien. Tout au moins pour traverser les rues. La règle est qu'il faut savoir s'imposer. Les traits blancs qui marquent les passages piétons sont, hélas, invisibles aux yeux d'une grande partie des automobilistes cairotes. Les villes d'Ismaïlia et Suez, surprennent de verdure et de fluidité du trafic : « En dehors du Caire, les gens respectent les feux de circulation ! C'est comme s'ils étaient des extra-terrestres. Ici au Caire, on fait rarement ça » dit Hassan, chauffeur de microbus.   

On se demande quel sera l'avenir

Un des autres problèmes : Le mehwar, seule route avec le périphérique rapide, qui lie le Caire à la nouvelle ville du 6 octobre. Elle est la nouvelle destination des riches qui sortent du Caire pour mieux respirer et des compagnies, telles que celles installés désormais dans le complexe smart village. L'affluence sur le mehwar est telle que ce chemin est bloqué la plupart du temps, notamment aux heures des sorties des bureaux, donc de 16h à 19h ainsi que de 8h à 10h le matin quand les gens vont travailler.

On se demande quel sera l'avenir tant que les responsables ne trouvent pas de solution à la situation qui empire de jour en jour. Dans dix ans de temps, personne ne s'imagine comment seront la ville du Caire et ses environs si ses habitants ne commencent pas à réduire l'utilisation de leurs voitures, si le covoiturage n'est pas mis en pratique et si l'utilisation des transports publics n'est pas optimisée.

Mohamed Salem

En marche, citoyens du monde !

(article rédigé le mois dernier)

Drôle de trêve des confiseurs au Caire pour près de 1 400 marcheurs pour  Gaza originaires de 42 pays venus pacifiquement accéder à Gaza par Rafah, à  la frontière israélo-égyptienne. Si les aspects sécuritaires, administratifs et logistiques avaient été réglés de longue date, les militants n'ont cependant pas pu gagner Gaza par autocar comme programmé initialement suite à l'interdiction de voyager de dernière minute des autorités égyptiennes.

Cette initiative internationale de soutien pour Gaza intervient à une date symbolique. Le 27 décembre, une année jour pour jour après l'opération « Plombs durcis » durant laquelle Tsahal attaquait Gaza et faisait 1 400 morts. Commandé par l'ONU afin d'apporter plus de lumière sur les événements, le rapport du juge Goldstone parle alors de crimes de guerre et, dans une certaine mesure, de crimes contre l'humanité et fait notamment état de tirs vers des civils et de l'utilisation par Israël de phosphore blanc.

Il y a quelques jours, les Egyptiens ont ouvert le feu afin de disperser un rassemblement de palestiniens qui avait lancé des pierres sur les forces égyptiennes afin de protester contre la construction d'un mur en acier. Sorte de barrière souterraine d'une trentaine de mètres de hauteur, la fonction de ce mur infranchissable est d'empêcher la contrebande entre Rafah et Gaza alors que de la marchandise de tout type a toujours circulé avec la complicité de citoyens israéliens.

Les citoyens du monde pour la paix

Face à ces situations et déçus par l'immobilisme international et par l'impuissance des négociateurs historiques du conflit israélo-palestinien, des militants de la paix de plusieurs pays décident de se rendre à Gaza en passant par l'Egypte « Par ce geste fort, nous voulions manifester notre soutien au peuple palestinien » explique Nicolas S., marcheur français et membre d'EuroPalestine*. Parmi les 300 marcheurs que compte la délégation française, des personnalités de la vie civile, artistique et politique : Monseigneur Jacques Gaillot, le rappeur Naili, la sénatrice Alima Boumediène-Thiery et Nicole Kiil-Nielsen, eurodéputée française. Mgr Gaillot crie son indignation dans la vidéo réalisée de cette Marche « le peuple de Gaza est emprisonné dans une prison à ciel ouvert. Les palestiniens devraient avoir la liberté d'aller et venir comme tous les êtres humains, c'est une liberté fondamentale. Or, il y a un blocus qui dure et un silence de la communauté internationale. Avec cette marche, je dis ma solidarité avec le peuple palestinien de Gaza qui souffre depuis longtemps de cette condition. Puisque la communauté internationale ne bouge pas, c'est bien qu'il y ait des initiatives de la société civile au plan international.».

Sur le trottoir... de l'ambassade de France

Le programme est précis et l'organisation carrée. Lieu stratégique aussi, en cas de problèmes, la France est à quelques pas. Le 27 décembre, départ en autocar de l'ambassade de France vers Gaza à 19h. Les 300 membres de la délégation française attendent avenue Charles de Gaulle. Ils resteront six jours à camper, reclus par les forces de l'ordre égyptiennes sur une portion de trottoir à Giza. Déception générale. « Nous n'avons pas compris. A 18h30, un ultime rendez-vous fixant l'aspect financier a lieu à l'ambassade entre le responsable de la société d'autobus Misr Travel, l'Ambassadeur et les représentants des marcheurs français » rappelle un des militants français présents aux négociations. « Mais une fois au dépôt, les chauffeurs des six autobus réservés sont invités à rentrer chez eux. Les autorités égyptiennes ont tous bloqué. On a compris que personne n'irait à Gaza et que nous avions perdu nos 4 000 dollars d'arrhes » déplore-t-il. « Est-ce utile de rappeler qu'en amont du voyage, tant le gouvernement égyptien que l'ambassadeur de France, qui parrainait notre Marche, étaient au courant et avaient donné leur consentement à l'aventure ? La seule incertitude résidait dans la possibilité d'entrer à Gaza ou non » relate Jean-Philippe Lo Castro dans son récit de la Marche pour Gaza.

Commence alors un sit-in de cinq jours sur le trottoir de l'ambassade de France. D'abord parqués 36 heures sans pouvoir circuler librement, ils pourront aller et venir le reste du temps. C'est durant ces moments de relative liberté que le groupe se déplace pour étendre le drapeau palestinien sur Mykérinos, la plus grande des pyramides et manifester devant le Musée du Caire et l'ambassade d'Israël notamment aux côtés d'Hedy Epstein, marcheuse américaine de 85 ans, rescapée de l'Holocauste et gréviste de la faim au nom des Palestiniens de Gaza.

Malgré les nombreuses invitations de l'Ambassadeur de France à rejoindre le Lycée français de Maadi, le groupe n'a pas souhaité se séparer et a préféré rester dans la précarité jusqu'à la fin de son séjour. Il y a des choses qui ne se font pas en Egypte. Bloquer la circulation avec un sit-in de plusieurs jours aux portes d'une ambassade, scander des slogans et chanter en fait partie. Les canons à eau étaient là, prêts à être utiliser.

 « Si les soldats anti-émeutes formaient des cordons interminables, ils ne sont pas agressifs avec nous. Certains d'entre-eux étaient très jeunes et participaient à leur manière à notre combat en reprenant, du bout des lèvres, nos slogans ou en tapant des mains » avoue M. Shahshahani d'EuroPalestine.

Face à l'énergie déployée par l'ensemble des marcheurs pour Gaza, le gouvernement égyptien a proposé de mettre à disposition 2 cars vers Gaza pour l'ensemble des 1 400 marcheurs. Cette initiative, placée sous l'égide de Suzanne Moubarak et de sa fondation, n'a pas rencontré le succès escompté et les cars n'étaient pas complets à leur départ. Selon les organisateurs français, très peu de marcheurs inscrits se sont joints à ce voyage ; moins de 40.

Vers une seconde édition de la Marche ?

« Il y a quelques semaines, une délégation officielle de députés représentant le Parlement européen n'a pas été autorisée par Israël à entrer dans Gaza. Il faut mettre fin à ce ghetto » confie, devant l'ambassade, Nicole Kiil-Nielsen, députée européenne à un militant.

« Nous souhaiterions réitérer l'aventure, et cette fois, entrer dans Gaza » annonce une marcheuse. « Nous demandons la fin du siège qui affame les Gazaouis et l'arrêt de la construction par l'Egypte du deuxième mur de la honte dont le but est d'affamer davantage les habitants de Gaza. Nous continuerons nos manifestations en France et dans tous les pays du monde. Cela ne fait que commencer » prévient Olivia Zemor, une des responsables d'EuroPalestine.

 Latifa Zerrouki

* CAPJPO-EuroPalestine est une association française qui sensibilise l'opinion publique, les médias, les élus et les dirigeants politiques au déni de droit et de justice subi par le peuple palestinien, et à la nécessité de prendre des sanctions à l'encontre d'Israël pour l'amener à respecter le droit international.
Elle lutte à la fois contre le chantage à l'antisémitisme, contre toutes les formes de racisme et contre tout ce qui peut attiser, en France, la haine entre les citoyens de diverses origines.

03.02.2010

Bahgoury, un combattant a plume

« Un sombre nuage religieux passe au dessus de l'Égypte »  se désole le fameux caricaturiste égyptien, George Bahgoury au sujet du conflit sectaire qui a eu lieu dans son village d'origine 'Bahgoura' le 6 Janvier dernier. Il ressemble à un roi, assis sur son trône, au milieu de son petit atelier au centre ville du Caire. Son royaume ce sont des couleurs de différentes teintes, il les enrôle avec une philosophie unique afin d'assurer la justice et l'égalité parmi son peuple. Ajoutant : « La pauvreté et l'ignorance sont les seuls coupables dans ces événements. »

L'homme âgé de 79 ans, né dans ce village du sud de l'Égypte y est étrangement lié : « C'est mon nom d'artiste. Je ne m'appelle pas Bahgoury, mon vrai nom est George Abdel Massih Shenoda, » explique t il. « Ma famille a vécu entre le Caire et Bahgoura. A  17 ans, je me suis installé au Caire où j'ai commencé mes études à la faculté des beaux arts de Zamālek ».

Petit de taille, visage infantile gai, yeux souriantes, cheveux gris laissés au vent et fumée de cigarette. Voilà, en quelques mots, comment on pourrait dessiner celui qui crée des images. Une autre fumée se mélange à la sienne, celle de ses deux amis : Gamal, un vieil homme à la retraite, et Mazen son jeune voisin au centre ville : « Il y a cinq ans, la veille de la fête copte, l'écrivain égyptien Abo El Abas Mohamed et moi sommes parti pour les villes 'Bahgoura' et 'Farshout' concernés par ce conflit, lui musulman et moi copte, nous avons visité l'église du village. Il fallait qu'on y arrive avant la messe mais il y avait trop d'embouteillages, alors Abo El Abas m'a proposé d'aller dans une autre église, plus proche." Son regard s'illumine : "Je n'oublierai jamais son fusionnement avec les diacres chantant dans l'église, et le sourire collé sur son visage, c'est ca la relation entre les musulmans et les coptes depuis longtemps. J'ai passé quelques jours chez lui à 'Farshout' avec cette famille musulmane.»

Selon ses interprétations, l'époque de président Abdel Nasser était l'âge de la renaissance égyptienne, le président a déclaré dans ses discours qu'après vingt ans, il sera responsable des enfants né aujourd'hui, il doit leur assurer une éducation et un travail à la suite. « Vue la mort de Abdel Nasser, ajoute t il, cette vision n'a pas été suivi par son succédant, en ce sens, les jeunes ont quitté leur pays pour gagner leur vie ailleurs, on a commencé à perdre notre identité tout en important d'autres cultures et une  mentalité fanatique. »

 Le chaos du centre ville monte à notre oreilles. Mes yeux se baladent sur les nombreuses peintures exposées aléatoirement dans son atelier. Chaque peinture représente un combat du passé et une philosophie tirée de l'événement : « Je ne veux pas vivre une vie conventionnelle, explicite t il, ma vie est une révolution contre moi-même, ma seule crainte est de me répéter. » Cette crainte a motivé un départ en France et une carrière pas très académique auprès des magazines 'Sabah el Khir' et 'Rose El Youssef'. Aucune bourse en Europe ne lui a été proposée, il a décidé de partir quand même : « J'ai affronté beaucoup d'obstacles et j'ai pu les surmonter. Je me souviens de  ma première exposition à Londres suivie d'une autre en France. » Ensuite ? "ça a continué !"

George Bahgoury possède aussi un atelier à Montmartre (Paris). Il a décidé de se lancer dans l'écriture : « Mon parcours en France n'était pas facile, résume-t-il, la nostalgie m'a beaucoup gênée. J'avais besoin d'un ami de même nationalité que moi avec qui j'aurais discuté. À chaque fois je rentrais le soir chez moi je ne trouvais que le papier pour confier mes histoires. J'ai commencé à écrire ». L'écrivain George Bahgoury a rédigé un célèbre triptique 'Les Icones', rassemblant l'icône de son enfance, celle résumant parcours artistique en Égypte et une dernière reflétant trente ans passés France.

Aujourd'hui, il voudrait transférer l'oeuvre qu ise trouve actuellement dans son atelier parisien en Égypte. Le maire d'Ivry, Manuel Valls a commencé à voir la possibilité de transformer ce lieu en musée. « J'ai appris de mes ancêtres les Pharaons de bien garder mes œuvres, ces peintures sont considérées comme des chef d'œuvres et je veux les garder ».  Gamal, clôt la discussion en blâmant l'artiste d'avoir participé a la conférence intitulée 'Caricature pour la paix' a cause de la présence d'un participant Israélien. Il admet « George Bahgoury est un combattant, sa plume est son arme. Un caricaturiste parmi les quinze les plus célèbres du monde selon l'UNESCO. Il est nécessairement un vraie combattant ». Un vrai combattant qui n'a pas hésité à me croquer.

Youssef Henein

 

 

20.01.2010

Un simple diplomate

La porte s’ouvre dévoilant son visage prudent avec des cheveux blancs bouclés. A moitié caché derrière la porte, appuyant sa petite taille sur sa canne métallique, M. Morsi Saad El Dine m’accueil avec un sourire plaisant : « La lampe de la porte vient d’éclater pourtant je l’ai changé il ya deux jours » il se plaint en me guidant vers son petit salon au rythme de pas courts et du battement de sa canne sur le parquet.

Tout ce dont un intellectuel, politicien et écrivain comme lui a besoin se trouve dans cette chambre : Une chaise tournante située au milieu de ces facilités servait M. Saad El Dine à se débrouiller sans qu’il bouge de sa place. Des cadres collés sur le mur témoignent de son parcours évidement signifiant, d’un part son photo avec le président Sadat, d’un autre part un Crystal reflétant le portrait de sa compagne de vie. De l’autre coté de la chambre se trouve une bibliothèque comblée par de livres, une télévision toujours mise en silence et une table ronde ou il pose toujours un livre, un journal... et ses médicaments.

 Il est né en Septembre 1921 au Caire, au quartier Shoubra « A l’époque, Shoubra n’était pas comme nos jours un quartier populaire, elle était cosmopolite. A abordé M. Saad El Dine en la comparant avec ‘Shoubra’, le roman de l’écrivain égyptien Naim Sabry, je me rappelle des jeune italiens qui jouaient la musique dans la rue chaque dimanche, je suis resté là-bas jusqu’avant de partir en Angleterre en 1945. »

Le début d'une carrière politique

Son frère ainé le fameux compositeur et chanteur égyptien Baligh Hamdy, fait part du passé de M.Morsi Saad El Dine, il s’est souvenu en laissant la chaise tournée « Depuis qu’il avait cinq ans il s’installe a coté de ma mère pendant qu’elle prenait ses cours de lut et du piano, a chaque fois qu'on lui demandait quel serait son futur métier, il disait musicien ». A l’âge de 23 ans, après avoir finit ses études en lettres anglaises, M. Saad El Dine a obtenu une bourse pour Angleterre, afin d’y étudier le journalisme. La deuxième guerre mondiale faisait rage a l’époque. La bourse a été annulée : « J’ai rencontré le responsable égyptien de la bourse, celui-ci m’a demandé de l'aider à écrire un lettre en anglais, M. Saad EL Dine se souvient le sourire aux lèvres. Cette lettre était le début de ma carrière politique. Il m’a téléphoné quelque mois après en disant qu’il était nommé directeur de l’institut égyptien a Londres, et qu’il avait besoin de moi comme secrétaire générale de cet institut ».

En frottant ces pieds pour se réchauffer, il apporte moults précisions précisions sur une période de douze ans comblée par des évènements majeurs, dont l’un était la représentation de l’Egypte en signant la convention UNESCO en 1946, l’autre, après la révolution en 1952, était le poste qu’il a occupé pendant quatre ans en tant qu’attaché de communication a l’ambassade d’Egypte en Angleterre. « C’est un grand homme, ses gardiens sont toujours présents à l’entré de l’immeuble. Néanmoins, il est très humble »a admit Hani Bakhoum son voisin.

Le style de son appartement refléte la classe sociale à laquelle il appartient. Vaste, il semble calme, surtout après la disparition de sa femme a qui il s’est marié juste avant son départ en Angleterre et celle de son fils unique Hamdy, décédé. En ce sens, M. Saad El Dine ne laisse pas passer un moment de silence qui lui permet de se souvenir de cette tristesse : « Après mon retour d’Angleterre, et la naissance de notre fils unique Hamdi, le gouverneur militaire m’a confié le travail de la censure sur l’écriture pour les  journaux étrangers. La guerre tripartite éclatait contre l’Egypte, j’ai fondé l’association des correspondants étrangers et j’étais son membre honoraire avec M. Boutros Ghali ». D’après M. Saad El Dine, l’un de ses plus grandes réalisations dans ce domaine, est de renforcer ses relations avec les correspondants de la presse étrangère, d’après lui, ils sont le lien qui nous liait avec le monde.

"Tendances communistes..."

Poursuivant son parcours dans le travail politique, M.Morsi Saad El Dine a occupé beaucoup de postes tels qu’assistant du secrétaire générale de l’assemblée Afro-asiatique, attaché culturel à l’ambassade égyptienne Allemagne de l’Est. Il était également un membre dans la commission politique délégué à Tel Aviv lors du conflit Arabo-israélien. Il se souvient d’une invitation que les juifs égyptiens, amis de son frère Baligh Hamdi, lui ontadressée. Les klaxons de la rue se font parfois entendre au premier étage, là ou il vit. M. Saad El Dine est tellement heureux d'effectuer ce voyage dans le temps que nul bruit une peut le déranger : « Lors de mon travail comme attaché culturel en Allemagne de l’Est, a-t-il ajouté,  j’ai eu des déclarations qui étaient interprétés comme de tendance communiste, ce qui a énervé le président Sadat, il m’a offert ainsi la poste du président de l’organisme général de l’information. »

 En suivant les traces du chef indien Nehru qui avait écrit le livre Lettres a ma petite fille, l’éditeur en chef des magazines ‘Egypt Today’, ‘Business Today’et ‘Horus’, M. Saad El Dine, écrira son autobiographie en conjonction avec sa petite fille Menatallah. « Mon grand père est un narrateur, souligne  Menna, a chaque fois que je lui raconte une situation de mon quotidien, il me répond par une histoire qu’il a vécue. C'est ce qui nous a donné, avec mon mari, l’idée d'écrire ce livre. » Reprenant : « Lors de sa dernière maladie, il était assis avec sa robe de chambre et il a commencé a raconter sa rencontre avec Fidel Castro, c’était là que j’ai décidé de tout enregistrer... »

Départ. Il répond à mon salut par un appel a bien fermer la porte de l’appartement derrière moi. Je sais que je le retrouverai, très bientôt, du moins par écrit puisque nous pouvons lire ses bribes de vie qui ont fait l'histoire chaque deux semaines au journal ‘Al Ahram’, et attendre l'autobiographie promise.

 Youssef Henein

 

Osta Tareq, une roquette sur l’asphalte

Dans la station Assalam, la plus grande station de microbus à la ville de Belbeis, “la roquette” cela est son surnom très connu de ses camarades, “Osta” Tareq Hamouda, vieux chauffeur d’un véhicule minibus dans lequel il travaille depuis plus de 27 ans.

Il est 22h15, Hamouda m’invite à boire quelque-chose à la cafétéria qui dépend de la station et qui n’est pas fréquentée que par les passagers et les chauffeurs. Il commande un café et une chicha pour lui. Il s’est mit à tirer la fumée du petit tube, et avant de rejeter la première bouffée, deux jeunes hommes sont venus lui serrer la main. Hamouda les a accueilli à bras ouvert en leur offrant à boire du thé . “Ces deux jeune chauffeurs étaient mes élèves dans le  passé, c’est moi qui leur ai enseigné comment conduire une voiture il y a 7 ans, et actuellement je en suis très fier” explique-t-il.Hamouda a un corps un peu maigre, des cheveux grisonnante couvrent les deux cotés de sa tête et qui lui donnent plus de respect, une voix douce et des yeux noirs et souriants qui laissent paraître son contentement bien clair.

Ce Belbeisi de 47 ans mérite bien l’admiration de ses camarades. Grâce à sa bonté, son humanité et son ésprit compréhensif. “ En tant que chauffeur, je suis sur qu’il est difficile de trouver un collègue comme Hamouda de nos jours, il est un exemple à suivre pour les chauffeurs égyptien” affirme l’un des deux jeunes chauffeurs.

Dès l’age de 12 ans, Hamouda est entré dans le monde de travail lorsqu’il a quitté l’école à cause des difficultés de sa famille à ce moment-la. Il s’est dirigé à la gare routière qui reliait son village à la ville. Il y a débuté comme receveur, parfois assistant des chauffeurs. Il appelait les passagers. “ Moi je voulait continuer mes études afin de devenir médecin, mais c’est la vie!” dit-il en expirant la fumée de sa chicha.

Il a pris beaucoup de temps avant de savoir conduire car les chauffeurs réfusaient, à cette époque, de lui permettre de  à conduire leurs véhicules pour s’exercer parce qu’il était encore très jeune.  En 1978, il conduit pour la première fois un minibus tout seul depuis son village jusqu’à la ville de Belbeis. En 1982, il obtient finalement le permis de conduire. “ Cela était l’une réalisations essentielles dans ma vie... Je me sentais alors comme un nouveau-né” dit-il en riant. “ Depuis, je n’ai jamais cessé de conduire, presque tous les jours..De plus, j’ai épargné de l’argent autant que possible, et enfin je suis arrivé, non seulement à acheter un minibus, mais aussi à me marier.”

Selon lui, la jeunesse c’est la période où travail et l’effort sont fondamentaux afin de construire une famille et vivre paisiblement. “ Je me disais toujours qu’on devait mettre à profit de nous jours de jeunesse irrécupérable pour garantir un avenir meilleur à nos enfants.”

En ce qui concerne sa vie privée, il a un garçon de 13 ans et 3 filles dont 2 sont mariées. La troisième suit encore ses études à l’université. “ Je rêve que mon seul fils exerce un métier plus haut : professeur ou bien ingénieur, mais le problème ce qu’il est un élève  très désobéissant à l’école. J’espère qu’il se concentra sur ses études comme sa soeur.” Il profite de son temps libre en écoutant les chansons d’Oum Kalsoum et Abdel Halim, ou en allant voir ses amis. Le vendredi, il a un programme très spécial ou il a l’habitude depuis longtemps de rendre visite à ses proches après la prière de Gomaa, et le soir il se promenne en famille.

De l’autre coté, Hamouda croit que la profession du chauffeur n’attire, actuellement, que les vagabonds et les mal élevés. Il rencontre chaque jours des personnes qui nuisent à la réputation des chauffeurs, en général, avec leurs comportements inacceptables. “ Moi je suis si triste de trouver des chauffeurs qui ne respectent plus les clients qui sont leurs seules sources de revenues. Il y a de chauffeurs de microbus drogués et qui fument quotidiennement du bango et du hachich. Il y en a d’autres qui viennent de sortir du prison.” “ Moi j’ai appris à être flexible et à bien traiter le client, parce qu’il n’est qu’un citoyen comme nous.

Enfin, après avoir fini sa chicha, l'homme s’est mit à exprimer ses voeux.” Je ne veux pas quitter le travail dont je jouis tellement mais en fait les nouvelles lois de transport et le système de trafic en Egypte deviennent de plus en plus fatiguants. J’éspère que les responsables seront plus serviables.Ma famille et ma voiturereprésentent toute ma vie simple.je lis le Coran chaque soir et je demande à Dieu de nous protéger de tout mal.”

Karam Saleh

Un territoire et des sons

Tic Tic Ta Ta Tac Tic Ta Ta Tac"… "Tic Tic Taca Taca"

Deux rythmes égyptiens: Le premier est sayedi(référant à la Haute-Egypte), l'autre est de la Nubie. Les deux semblent, à l'instant, différents. Mais, durant l'exposition musicale "Les tambours nubiens", tenu le dimanche 17 janvier, au centre culturel Al-Ghouri du Caire, on ne sent pas cette différence. Au contraire, on se trouve devant un état de harmonie qui mélange la musique à la géographie, le son du tambour au mouvement du Nil.

"C'est le Nil qui a crée cette diversité dans la musique égyptienne sans la priver d'une harmonie remarquable",explique Dr. Intessar Abdel-Fatah, directeur du centre d'Al-Ghouri, et réalisateur de l'exposition. A ce point, notre musicien joue, parfaitement le rôle de maestro. Sans note de musique, ni bâton à la main, il dirige sa bande composée de 14 musiciens de Delta, de la Haute-Egypte, et de la Nubie. La musique vient en complète harmonie. "J'imagine être dans un bateau dans le Nil. J'écoute les tambours nubiens venant du sud. De chaque village, je prends un instrument de musique: Nay, rababa, mezmar que j'ajoute à la musique; Mais toujours en gardant le rythme des tambours dans les oreilles. Ainsi, la musique reste en harmonie", s'exprime-t-il.

De la musique et des hommes

Pour bien comprendre cette variété que le Nil a crée, on a, probablement, besoin d'une petite leçon de géographie. Arrivant au sud de l'Egypte, le Nil creuse un trajet laissant un plat vert qui s'élargit au long qu'on se dirige vers le Nord. Ce qui nous offre La Vallée au sud, et le Delta au nord. Deux régions géographiques où les caractères des habitants dans chacune se diffèrent de l'autre. " Les habitants du Delta, qui est un espace plat et vert, sont plus gais que ceux de Haute-Egypte qui sont plus fougueux à cause de leur environnement presque-désertique", explique Dr.Omar Al-Farouk, professeur de la géographie à l'université d'Ain-Shams. Une diversité qui a mené à une liste des instruments de musique différent dans chaque région. " Ainsi, on trouve Le nay et le mezmar (instruments à vent) au Delta, le rababa(instrument à cordes) à la Haute-Egypte, Les tambours à la Nubie", commente  Seham Ismaïl, critique à l'académie des Arts au Caire.

 Cette variété, ne se limite pas aux instruments , mais elle passe aux rythmes de musique. Au Delta, on distingue le rythme farayhi, manifestant la gaité, surtout durant les noces de mariage. Au sud de l'Egypte, le rythme exprime la puissance, la supériorité. "C'est ce qui annonce le sayedi en faisant Al-Tahtib ( Danse à bâton très connue en Haute-Egypte)", explique Dr. Intessar. Quant à la Nubie, le rythme est complexe. Trois tambours sont utilisés. Ils jouent ensemble, mais chacun d'eux à un rythme différent. Ce mixage force le spectateur à bouger le corps d'avant en arrière. "C'est comme les petites vagues provoquées par un bateau sur le Nil", compare-t-il.

Combiner ces différents rythmes?

Le spécialiste reste sceptique :  "C'est le contraire que j'essaie de prouver à travers l'exposition des tambours nubiens", affirme M. Intessar. Il ajoute que l'idée principale de l'exposition est de démontrer la richesse de la personnalité égyptienne. Une richesse qu'on ne peut exprimer qu' en mixant plusieurs genres de musique, et établissant "un langage de conversation" entre les tambours sayedis et ceux de Nubie.

Haytham Ragab

 

19.01.2010

Santé : tout doit disparaître !

Avec seulement 5 millions de personnes vaccinés en France à ce jour, ce sont plus de 90 millions de doses excédentaires de vaccins contre la grippe A dont il faut se séparer. Si dans un courrier adressé aux médecins généralistes le 12 janvier dernier, Roselyne Bachelot, ministre de la Santé explique que « la priorité du gouvernement est de continuer à offrir à la population française la vaccination qui reste le meilleur moyen de protection contre ce nouveau virus », la réalité est autre. Aujourd'hui, la France est contrainte de gérer un important surplus de vaccins.

L'objectif de cette opération de revente massive menée simultanément par le Ministère de la Santé et le Quai d'Orsay est simple : réduire la facture de la campagne de vaccination de masse engagée par le gouvernement. Selon le ministère de la Santé, une première vente de 300 000 doses a déjà eu lieu avec le Qatar et l'on annonce des négociations avancées avec l'Egypte pour une vente de deux millions de vaccins. « Des contacts sont en cours avec d'autres pays, en particulier l'Ukraine et le Mexique », ajoute la ministre. La vente des stocks par le gouvernement français est la conséquence du « schéma vaccinal à une dose » finalement adopté par le gouvernement prévoyant initialement d'immuniser les Français à l'aide de deux injections.

La campagne s'intensifie

Le faible nombre de personnes vaccinées jusqu'à présent sur le territoire français a incité le ministère de la Santé à intensifier la campagne de vaccination. Il a notamment été décidé que les adolescents des collèges et des lycées pourront dorénavant se faire vacciner dans leur établissement et que les salariés et leurs familles pourront également recevoir une injection au sein de leur entreprise : « Aujourd'hui, et après plusieurs semaines de vaccinations dans les collèges et les lycées du département des Yvelines, c'est environ 5% des jeunes qui ont souhaité se faire vacciner dans leur établissements » nous confie, Dr Sindou-Faurie, médecin scolaire en Ile-de-France. « Nous avons constaté que les jeunes issus de milieux favorisés étaient plus enclins à se faire vacciner que les jeunes de familles plus modestes » précise-t-elle.

Autre mesure majeure d'incitation à la vaccination de masse ; l'entrée en piste des médecins généralistes. Exclusivement prévue dans des centres dédiés, la vaccination contre la grippe A a été élargie aux médecins de famille par autorisation ministérielle en date du 12 janvier dernier. Dans un courrier adressé à l'ensemble des généralistes français, Roseline Bachelot affirme « avoir toujours considéré que les médecins libéraux avaient vocation, le moment venu, à assurer cette vaccination dans leur cabinet. Je sais qu'ils le souhaitent. Ce moment est venu. »

Avec cette décision, la ministre affiche clairement sa volonté de travailler main dans la main avec les médecins généralistes. Une fois dans le cabinet de leurs médecins traitants, rassurés et conseillés, les Français pourraient plus facilement se laisser convaincre par l'utilité d'une telle vaccination. Roselyne Bachelot explique qu' « au début de la pandémie, la vaccination dans des centres dédiés était la seule solution envisageable pour vacciner un grand nombre de personnes en raison, notamment, des contraintes logistiques-conditionnement des vaccins par flacon de 10 doses. » 

Malgré le feu vert ministériel, les médecins rencontrent des obstacles. Si les généralistes et pédiatres peuvent théoriquement vacciner leurs patients, ils devront se déplacer dans les centres de vaccination pour récupérer les doses car ce vaccin particulier échappe au circuit traditionnel des pharmacies. De plus, sans circulaire émanant du Ministère, ils ne peuvent pas commencer à vacciner massivement : « Mettre en place tout cela nécessite un peu de temps », prévient  le Dr Tayl, généraliste à Paris. « Il ne suffit pas d'une annonce de la ministre pour tout débloquer » ajoute-t-il.

La ministre et les laboratoires

 Les commandes de vaccins ont été lancées en été par la France auprès de trois différents laboratoires : Novartis, Sanofi-Pasteur et GlaxoSmithKline. La facture pour les 94 millions de doses s'élève à 869 millions d'euros, précise Roselyne Bachelot. En novembre, l'Agence Européenne de la Santé (EMEA) a délivré une note affirmant qu'une seule injection du vaccin était suffisante, et non plus deux, comme il avait été précédemment annoncé par des spécialistes. Des accords commerciaux ont donc été trouvés pour éviter à la France des pertes encore plus importantes.

Avec plus de 9 millions de doses gracieusement envoyées à l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour venir en aide aux pays les plus nécessiteux, la France détient encore un important stock de vaccins à gérer. En Egypte, le ministre de la Santé, Hatem el-Gabali, a annoncé vendredi dans le quotidien national Al Ahram qu'il y avait bien des négociations avec la France au sujet de la cession de 2 millions de doses de vaccins mais qu'aucune décision ne sera prise pour l'instant.

Les Français de l'étranger

L'Ambassade de France au Caire a organisé pour les ressortissants français résidents en Egypte une importante campagne de vaccination à travers le pays. « Nous revenons de Sharm Cheikh où nous avons procédé à la vaccination de ressortissants Français résidents dans la région »nous confie le Dr Sabry Ghali, médecin de l'Ambassade de France au Caire et coordinateur de la campagne de vaccination. « Sur les 8 400 résidents français présents en Egypte, nous en avons vaccinés environ 1 500, soit moins d'un cinquième ». 

  Il serait pertinent que les états souhaitant vendre leur excédents de doses, se rendent compte que l'ensemble de la production mondiale de vaccins contre la grippe A a la même date de péremption ; il ne reste donc que 8 mois pour tous les utiliser » observe un médecin en charge de la vaccination. « De nombreux pays ne sont malheureusement pas disposés à acheter une dose de vaccin à 6.24 euros pour des millions de personnes » déplore-t-il.

 Latifa Zerrouki

18.01.2010

L’équipe prosternée

En Egypte, les gens impliqués dans le football sont toujours les gens les plus célèbres, ils sont toujours sanctifiés par le peuple.

Le fameux Hassan Shehata, entraîneur de l'équipe nationale, est l'un de ces personnages réputés. Le quotidien égyptien' El Masry Elyoum'dans son édition du 14 Janvier, a publié ses déclarations à l'occasion de la victoire de son équipe en la coupe d'Afrique  l'équipe nigérienne. Il a signalé que le seul critère de la sélection des joueurs en équipe nationale est le comportement religieux des joueurs et leur piété. "Dans le cas contraire, ils ne joindront pas l'équipe quelque soit leur potentiel."

Marawan Negm, un journaliste spécialisé en sport au sein de la rédaction de l'hebdomadaire égyptien 'El Boursa Elyoum' a défendu Hassan Shehata : « Les gens ont mal interprété ses paroles, il a voulu dire que le respect est le seul critère pour faire partie a l'équipe. D'après lui, traiter avec des joueurs respectueux c'est la méthode le plus efficace afin de bien contrôler l'équipe. » D'ailleurs, les joueurs ne semblent pas gênés pusique aucun reproche de leur part n'a été rapoorté. 

réaction européenne

Toutefois, les accusations ne sont pas arrêtés a ce point, le journal Italien 'Il Sole 24 Ore' a critiqué les paroles de Hassan Shehata, tout en appuyant sur le fait que l'équipe nationale ne compte aucun joueur chrétien :  « On n'a pas des joueurs chrétiens dans les clubs participant au ligue, a fait preuve Marawan Negm, on avait seulement Hani Ramzi, et Mohssen Abdel Massih qui jouait dans les années 1980, cela aurait du être une vraie discrimination si on avait des bon joueurs chrétiens non sélectionnés. » L'ambassade Egyptienne à Rome a nié une telle discrimination et clarifié les paroles de l'entraîneur national.

Mohab Magdy, un journaliste dans le mensuelle Egyptien 'El estad' a écarté cet argument : « cette discrimination existait depuis longtemps au niveau des écoles préliminaire de football ou on fait les concours d'admissions au jeu, mais on ne peut pas réclamer son existence au niveau de la sélection de l'équipe nationale. »

Quant à ce langage de religion impliquée dans le sport, Noha Roushdy, anthropologue et engagée dans les droits d'homme a précisé : « La religion est mêlée dans tout les aspects de notre vie, ce n'était pas Hassan Shehata qui l'a fait apparaître dans le sport. En fait, on n'a pas un langage non religieux qu'on peut utiliser pour définir les moralités ». Noha Roushdy a tenu à faire remarquer que dans la culture Egyptienne, un homme respectueux est forcement celui qui a une relation avec Dieu, et qui prie régulièrement. « C'est ce que Hassan Shehata a voulu dire par la piété, a-t-elle explicité. Les joueurs de foot font des actes symbolique à chaque fois qu'ils marquent un but ». Au delà, on se souvient de la politique de l'image avant le match d'Égypte et Algérie, qui a pu également intégrer le code religieux en montrant le joueur égyptien Abou Treika, se mettant a genoux pour prier Dieu.

religion ou superstition ?

Mohab Magdy s'est bien entendu avec l'interprétation de Noha Roushdy, il a ajouté : «D'après Hassan Shehata, seul la religion qui peut garantir ce comportement respectueux, je ne suis pas contre lui. » Interrogé sur le recours à la superstition plutôt que l'efficacité et la puissance du joueur, Mohab Magdy a apporté des précisions sur des superstitions porté a Abou Treika, le jour du match du foot entre Egypte et Algérie au Caire : « J'étais parmi les supporteurs au stade, le peuple a allégé son tension en  réclamant qu'Abou Treika portait les chaussures qu'il marque avec, ils étaient sure ainsi que l'Égypte gagnera. »

Youssef Henein

quel avenir pour le Moyen-Orient ?

Avec 1508 Kg d'uranium faiblement enrichi, l'Iran est capable de produire une arme nucléaire si elle décide d'augmenter le niveau d'enrichissement d'uranium à 90%[1], ce qui soulève les craintes des pays de la région. Le président égyptien, Hosni Moubarak a, donc tenu le mardi 22 décembre dernier à Riyad, un sommet avec son homologue saoudien roi Abdullah Ibn Abdel-Aziz. Le dossier iranien nucléaire était à la pointe des pourparlers." Il y a un sentiment de la nécessité de parvenir à un règlement politique de ce dossier pour vérifier à l'Iran le droit d'utiliser pacifiquement l'énergie nucléaire, mais en même temps éloigner le spectre du danger de prolifération nucléaire au Moyen - Orient", a déclaré Ahmed Aboul-Gheit, ministre égyptien des affaires étrangères. (Al-Ahram – 23/12/2009).

Pourquoi cette iranophobie?

 

A présent, l'Iran possède 8308 centrifugeuses qui enrichissent l'uranium. Gholam Reda Zadeh, directeur de l'agence iranienne nucléaire, a dernièrement, annoncé que le nombre de centrifugeuses au réacteur de Natanz sera un 50 000 au cours de cinq prochaines années. Ce qui permettrait à l'Iran de doubler sa capacité d'enrichir l'uranium. D'autre part, le directeur des renseignements des États-Unis, a défini 2013 année où l'Iran serait capable d'augmenter le taux d'enrichir l'uranium au niveau requis des armes nucléaires. L'Union Européenne considère que le temps nécessaire à l'Iran pour devenir un État nucléaire varie entre six mois et cinq ans. Toutes ces spéculations ne font qu'augmenter les craintes chez les responsables à Riyad comme au Caire. " Si l'Iran parvenait à devenir une puissance nucléaire, l'armement conventionnel des pays du Moyen-Orient perdrait beaucoup de sa valeur, ce qui lancerait une course à l'arme nucléaire dans la région", explique Gilles Kepel, politologue français et directeur de la Chaire Moyen-Orient/Méditerranée  (Le Figaro - 21/5/2008).

 

Scénarios possibles

"L'Iran serait le cible d'une attaque israélienne", proposait général Sameh Seif El-Yazal , au programme de télévision "Du Caire" diffusé sur la chaine Le Nil informatif  le lundi 21 décembre dernier. Un scénario possible surtout après qu'Israël ait effectué, dernièrement, des manœuvres aériennes jusqu'au Gibraltar, situé à la même distance de Tel Aviv à Téhéran. Israël affirme qu'il existe un secret programme iranien d'enrichissement d'uranium, que l'Iran cache aux inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), et qui lui permet de produire une quantité d'uranium enrichi suffisante pour fabriquer une arme nucléaire dans un an.

Face aux menaces israéliennes, Hussein Salamy, chef de la force aérienne à l'armée de la garde révolutionnaire iranienne a déclaré que son pays avait développé un nouveau long missile (Shehab-3) "capable de frapper Israël et les bases américaines dans le Golfe persique". Réaction justifiée par Ahmed Al- Séyoufi, directeur du bureau de la chaîne de télévision iranienne  Alalam(Le monde) au Caire annonçant que l'Iran en a tout le droit puisqu' "il est exposé, tout le temps, à des frappes militaires d'Israël ou des États-Unis". Pourtant, Ahmed Al- Séyoufi affirme qu'Israël ne peut pas recourir à une solution militaire puisque "ça lui couterait trop cher".

L'autre scénario est proposé par Mohamed Abdel-Salam, politologue égyptien et expert au centre des études politiques et stratégiques à l'Ahram: . Il explique que les États-Unis  se sentent en besoin de l'Iran pour les aider à sortir du "bourbier de l'Iraq".  Il parle d'une affaire pragmatique:" Sécurité américaine en Irak contre allégement des sanctions imposées à l'Iran à cause de son dossier nucléaire". Scénario pas facile à réaliser en présence des responsables irakiens  voulant diminuer l'influence iranienne dans leur pays.

 

Dans ce contexte, on comprend la visite officielle du Nouri Al-Maliki, Premier ministre irakien qui s'est rendu au Caire le dimanche 20 décembre dernier. Suite à ses pourparlers avec le président Moubarak, il a souligné la " nécessité de développer la présence égyptienne en Iraq, et de résoudre les problèmes existants en raison de l'absence des sociétés et d'investisseurs égyptiens dans le pays".(L'Ahram Hebdo, № 798).

 

La situation interne à l'Iran pourrait dessiner scénario № 3. L'élection présidentielle iranienne du 12 juin 2009 a reconduit au pouvoir, pour quatre ans, Mahmoud Ahmadinejad. Les résultats sont très vite contestés par de nombreux Iraniens et par les autres candidats, en particulier Mehdi Karoubi et Mir Hussein Moussavi. Ce dernier évoque des « fraudes massives » et la falsification des résultats de l'élection, et s'oppose par conséquent à leur proclamation. D'importantes manifestations se déroulent dans les jours qui suivent , rassemblant des millions d'Iraniens, à Téhéran et dans tout le pays. Cette élection a donné lieu au plus important mouvement de contestation depuis la Révolution de 1979, tant par l'ampleur des manifestations que par leur répression. Un tel climat instable pourrait conduire selon Mohamed Abdel-Salam " à des changements internes et l'arrivée au pouvoir d'un courant plus modéré".

 

 Haytham Ragab

 

ENCADRE

 

Des agents ici et là...

 

Le dossier iranien nucléaire n'est qu'une ronde dans une guerre froide déroulant entre l'Iran d'une part, l'Égypte et l'Arabie Saoudite, d'autre part. Chaque équipe essaie d'avoir des agents ici et là, pour garder ses intérêts, imposer son hégémonie. 

Au Liban, l'Arabie saoudite soutient le 14 Mars, mouvement dirigé par Saad Al-Hariri, alors que l'Iran soutient le courant 8 Mars et son chef Hassan Nasrallah. En Palestine, l'Iran soutient le Hamas, tandis que l'Egypte et l'Arabie saoudite sont pour le Fatah. Au Yémen, l'Arabie saoudite est accusé de soutenir l'armée yéménite et le gouvernement d'Ali Abdullah Saleh, alors que l'Iran, est accusé d'aider les Hawthites.

 

Un soutien souvent financier. " Chaque année, l'Iran donne à Hezbollah 2 milliards de dollars", affirme Mohamed Abdel-Salam, spécialiste de l'Ahram. Alors que l'Arabie Saoudite a dépensé 750 millions de dollars durant les dernières élections au Liban, pour soutenir son allié Saad Al-Hariri.

 

Selon Mohamed Abdel-Salam: "L'Iran cherche à travers la présence d'agents à la région à avoir ses propres papiers à jouer. le papier du Hamas est très important , pour apparaître aux États-Unis comme un partenaire essentiel du processus du paix. Quant à Hezbollah, il présente un autre papier iranien en face de l'Arabie saoudite puisque les deux pays se compètent pour la domination au Liban".

 

Au contraire, Ahmed Al-Séyoufi considère que  L'Iran cherche des alliés dans la région pour "briser le cycle de l'isolement qui lui est imposé"