03.02.2010

Bahgoury, un combattant a plume

« Un sombre nuage religieux passe au dessus de l'Égypte »  se désole le fameux caricaturiste égyptien, George Bahgoury au sujet du conflit sectaire qui a eu lieu dans son village d'origine 'Bahgoura' le 6 Janvier dernier. Il ressemble à un roi, assis sur son trône, au milieu de son petit atelier au centre ville du Caire. Son royaume ce sont des couleurs de différentes teintes, il les enrôle avec une philosophie unique afin d'assurer la justice et l'égalité parmi son peuple. Ajoutant : « La pauvreté et l'ignorance sont les seuls coupables dans ces événements. »

L'homme âgé de 79 ans, né dans ce village du sud de l'Égypte y est étrangement lié : « C'est mon nom d'artiste. Je ne m'appelle pas Bahgoury, mon vrai nom est George Abdel Massih Shenoda, » explique t il. « Ma famille a vécu entre le Caire et Bahgoura. A  17 ans, je me suis installé au Caire où j'ai commencé mes études à la faculté des beaux arts de Zamālek ».

Petit de taille, visage infantile gai, yeux souriantes, cheveux gris laissés au vent et fumée de cigarette. Voilà, en quelques mots, comment on pourrait dessiner celui qui crée des images. Une autre fumée se mélange à la sienne, celle de ses deux amis : Gamal, un vieil homme à la retraite, et Mazen son jeune voisin au centre ville : « Il y a cinq ans, la veille de la fête copte, l'écrivain égyptien Abo El Abas Mohamed et moi sommes parti pour les villes 'Bahgoura' et 'Farshout' concernés par ce conflit, lui musulman et moi copte, nous avons visité l'église du village. Il fallait qu'on y arrive avant la messe mais il y avait trop d'embouteillages, alors Abo El Abas m'a proposé d'aller dans une autre église, plus proche." Son regard s'illumine : "Je n'oublierai jamais son fusionnement avec les diacres chantant dans l'église, et le sourire collé sur son visage, c'est ca la relation entre les musulmans et les coptes depuis longtemps. J'ai passé quelques jours chez lui à 'Farshout' avec cette famille musulmane.»

Selon ses interprétations, l'époque de président Abdel Nasser était l'âge de la renaissance égyptienne, le président a déclaré dans ses discours qu'après vingt ans, il sera responsable des enfants né aujourd'hui, il doit leur assurer une éducation et un travail à la suite. « Vue la mort de Abdel Nasser, ajoute t il, cette vision n'a pas été suivi par son succédant, en ce sens, les jeunes ont quitté leur pays pour gagner leur vie ailleurs, on a commencé à perdre notre identité tout en important d'autres cultures et une  mentalité fanatique. »

 Le chaos du centre ville monte à notre oreilles. Mes yeux se baladent sur les nombreuses peintures exposées aléatoirement dans son atelier. Chaque peinture représente un combat du passé et une philosophie tirée de l'événement : « Je ne veux pas vivre une vie conventionnelle, explicite t il, ma vie est une révolution contre moi-même, ma seule crainte est de me répéter. » Cette crainte a motivé un départ en France et une carrière pas très académique auprès des magazines 'Sabah el Khir' et 'Rose El Youssef'. Aucune bourse en Europe ne lui a été proposée, il a décidé de partir quand même : « J'ai affronté beaucoup d'obstacles et j'ai pu les surmonter. Je me souviens de  ma première exposition à Londres suivie d'une autre en France. » Ensuite ? "ça a continué !"

George Bahgoury possède aussi un atelier à Montmartre (Paris). Il a décidé de se lancer dans l'écriture : « Mon parcours en France n'était pas facile, résume-t-il, la nostalgie m'a beaucoup gênée. J'avais besoin d'un ami de même nationalité que moi avec qui j'aurais discuté. À chaque fois je rentrais le soir chez moi je ne trouvais que le papier pour confier mes histoires. J'ai commencé à écrire ». L'écrivain George Bahgoury a rédigé un célèbre triptique 'Les Icones', rassemblant l'icône de son enfance, celle résumant parcours artistique en Égypte et une dernière reflétant trente ans passés France.

Aujourd'hui, il voudrait transférer l'oeuvre qu ise trouve actuellement dans son atelier parisien en Égypte. Le maire d'Ivry, Manuel Valls a commencé à voir la possibilité de transformer ce lieu en musée. « J'ai appris de mes ancêtres les Pharaons de bien garder mes œuvres, ces peintures sont considérées comme des chef d'œuvres et je veux les garder ».  Gamal, clôt la discussion en blâmant l'artiste d'avoir participé a la conférence intitulée 'Caricature pour la paix' a cause de la présence d'un participant Israélien. Il admet « George Bahgoury est un combattant, sa plume est son arme. Un caricaturiste parmi les quinze les plus célèbres du monde selon l'UNESCO. Il est nécessairement un vraie combattant ». Un vrai combattant qui n'a pas hésité à me croquer.

Youssef Henein