13.12.2009
cinéma français et spectateur egyptien
Malgré sa participation distinguée au cours du dernier festival international du film du Caire, du 10 à 20 novembre dernier, le cinéma français n'attire pas les spectateurs égyptiens."Bien sûr, je connais Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, et Sophie Marceau. Mais qui sont Julie Gayet, Julien Doré et Emma de Caunes?", répond Hussein, 33 ans, en écoutant les noms de quelques stars françaises.
Hussein a obtenu son baccalauréat à l'école des Frères au Caire. Durant son enfance et son adolescence, il s'intéressait aux films français. A présent, le cinéma américain l'attire plus: "il est fascinant". Une fascination reliée au budget de production. Selon le site français d’information économique l'Expansion.com, sur les 240 films produits en France en 2008, trois seulement, avaient des budgets supérieurs à 40 millions d'euros. Alors que le budget du film américain Aviateur de réalisateur James Cameron est 315 millions de dollars (212 millions d'euros), et celui du film 2012 de Roland Emmerich dépasse le 272 millions de dollars (183 millions d'euros).
En mars 2007, Good news a signé un accord avec onze distributeurs français,dont: Celluloid Dreams,Rezo Films, Haut et Court, Gaumont, Pyramide International,Studio Canal, pour projeter des films français dans ses salles de cinéma. A présent, ce contrat a pris fin, et la compagnie égyptienne n'a pas l'intention de le renouveler. Pourquoi? " l'assistance des spectateurs y était faible ," explique Atef Omar responsable à Good news.
D'ailleurs, la plupart des films français projetés en Egypte ne contiennent pas des sous-titres en arabe. " Les propriétaires de film refusent de les y mettre pour ne pas en endommager la version originale," explique Dr. Soheir Abdel Qader, vice-président du festival international du film du Caire. Selon elle, ceci affecte négativement l'assistance des spectateurs. "Le Hérisson était très bien vu car il avait des sous-titres arabes puisque l’ART a acheté ses doits de projection," ajoute-t-elle.
Hamburger vs crêpe suzette
Unifrance est un organisme chargé de la distribution et la promotion du cinéma français dans le monde. Selon ses chiffres, en 2008, le film français a réalisé 84,5 millions d'entrées à l'étranger dont moins de 50 000 entrées en Egypte. Un pourcentage de 0,05%, seulement.
Au niveau des festivals, le cinéma français est fortement présent en Egypte. L'année dernière, 12 films ont participé au festival du Caire, deux ont été primés: "Sérafine", et "Les empreintes de l'ange". Cette année, 7 films y étaient présentés. "Le Hérisson" de la réalisatrice française Mona Achache a remporté trois prix: La pyramide de la meilleure réalisatrice, la pyramide Spécial Jury ainsi que le prix Fripesci.
13:53 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema, le caire, info, chiffres, spectateurs, france egypte
03.12.2009
L'existentialiste
La théorie de Jean Paul Sartre dans les années 1940, la philosophie de l'existentialisme, est reprise de nouveau dans le cinéma, spécifiquement par le réalisateur français Laurent Vinas-Raymond, dans son film J’ai oublié de te dire qui a été diffusé le 18 novembre dernier à l'occasion du 33e festival International du film du Caire.
« On peut remplacer le premier rôle féminin par n’importe qui, l’essentiel est qu’elle soit amoureuse de la vie » a commenté Laurent Vinas tout en insistant sur les traits principaux du personnage Marie, l’existentialiste. Il s'agit d'une jeune voleuse qui vient de sortir du prison. La voici dans un monde ou elle se définit par ses propres actions, ou elle est responsable. Elle ne possède rien que son existence. Ni famille ni biens. Elle se dirige vers le sud pour gagner sa vie en travaillant dans les champs. Un retour vers la nature, autrement dit, représenté par le travail saisonnier de Maries. Elle reflète la vision du réalisateur de faire renaitre l’aspect naturel caché instinctivement dans chacun des spectateurs qui les encourage à aimer la vie.
Marie ne possède qu’un don, celui de dessiner qui l'aidera à créer le sens et l’essence de sa vie tout en affrontant par courage son passé médiocre. C’est grâce à ce don qu’une amitié nait entre elle et le vieux Jaume, un artiste qui est également ancien champion cycliste. En ce sens, le réalisateur se base sur le fait qu’on est ce qu’on fait, on détermine nous même notre essence, et c’est dû uniquement a cette passion commune que les deux personnages du film s’entendent.
ce qui compte le plus, ce sont les actes et les valeurs
La dégénérescence dont Jaume souffre, et qui lui fait oublier sa vie, vient démontrer qu’une passé, qu’il soit celui du Marie ou du Jaume, ne compte pas trop, puisqu’une maladie pareille peut effacer complètement la mémoire. Ce qui compte le plus, ce sont les actes qui nous représentent et les valeurs qu’on décide d’adopter tout le long de notre vie : « C’est une transmission de vie et d’amour par l’art » a admis Laurent.
« C’est un film d’amour, il ne s’agit pas de la maladie de Jaume » a noté Pascal Servais, le producteur du film. Il a insisté à son tour sur son accord avec la philosophie du réalisateur, cette philosophie qu’on sent sans qu’il en parle. Ce partenariat entre Pascal Servais et Laurent Vinas, n’est qu’une autre version du film J’ai oublié de te dire, une harmonie entre eux a pris lieu autour de leur philosophie commune de la vie.
Le film démontre qu’il suffit d’aimer la vie et d'y foncer tout en se libérant de notre passé. Laurent est en harmonie avec ce que Sartre avait déclaré : « il ne faut pas croire naïvement à ce que nous offre le monde », plutôt à ce qu’on offre nous même à notre vie.
Youssef Henein
10:39 Publié dans Loisirs/Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : film, j'ai oublié de te dire, festival cinéma, le caire, projection
Un Taxi pour Le Caire
Avec seize rééditions en arabe, une traduction en plusieurs langues et dernièrement en français, Taxi, le premier roman de Khaled Al Khamissi, s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires dans un pays où les ventes ne dépassent que très rarement les 5 000 exemplaires pour un auteur confirmé.
Ce succès est notamment dû à la simplicité du langage, à l’authenticité des échanges : « c’est la langue de l’intime, de la rue » avance l’auteur. Le dialecte est la véritable langue vivante des pays arabes. C’est aussi celle des héros populaires d’Al Khamissi, parfois analphabètes, parfois diplômés et érudits qui, grâce à la magie du dialecte, se retrouvent à égalité avec n’importe quel autre égyptien dans une société où l’ascenseur social est depuis longtemps, soit condamné, soit bloqué dans les étages supérieurs.
Le peuple égyptien est friand de « nokat », ces blagues à l’humour caustique dont l’objectif premier est de faire un passer la pilule un peu plus facilement ; avec un sourire. Une sorte d’outil de résistance populaire, gratuit, disponible à tout moment et à usage illimité. Sans tabou ni complaisance, Al Khamissi retranscrit, de façon à peine romancée et en dialecte égyptien, ces blagues, discutions, monologues et complaintes de cette institution nationale que sont les chauffeurs de taxis.
Rien de plus aisé que d’'en croiser un au Caire. Un geste de la main à peine esquissé, un simple regard tout juste appuyé suffisent à immobiliser, quasi instantanément, plusieurs voitures bicolores parmi les 80 000 véhicules que compte la capitale. Chaque voiture est un poème difficile à dater et chaque chauffeur un artiste en puissance, un conteur né, un comique, un mystique, un politicien qui ne connaît pas la langue de bois. Ce sont ces taxis qui ont servi de décor aux 58 saynètes qui composent Taxi de Khaled Al Khamissi.
"Le bon moment..."
« J’ai toujours eu envie d’écrire, j’ai senti que c’était le bon moment » confie Al Khamissi. Dans une atmosphère propice à la confidence, l’auteur profite de ces rencontres provoquées avec les chauffeurs de taxi pour dresser un instantané de la société égyptienne à une période charnière de l’histoire du pays qui a notamment vu l’arrivée massive des Frères musulmans à la Chambre des députés et les premières élections présidentielles en Egypte. Le mandat à rallonge du Rais, son état policier, la survie au quotidien de l’Egypte d’en bas, la corruption et le manque d’espoir dans l’avenir sont les thèmes favoris de ce recueil de dialogues. Les chauffeurs de taxis parlent pour en rire, pour ne pas s’habituer et se délester d’un poids qui étouffe et qui assèche de l’intérieur.
« L’utilisation du dialecte égyptien s’est imposé à moi, ici » avance l’auteur. Hormis la partie narrative écrite en arabe littéral, l’ensemble du texte est en dialecte cairote ou ‘ammeyya. « Mais je n’ai rien inventé » précise-t-il « Taxi est calqué sur un modèle littéraire datant de la fin du 19 ème siècle : les maqamat. Il s’agit d’une prose mêlant narration en arabe littéral et dialogues en arabe dialectal entre deux personnes ; celle qui sait et celle qui ne connaît pas ». La spécificité de Taxi réside néanmoins dans les proportions littéral / dialectal où la partie dialectale est largement majoritaire.
Ecrivain et cinéaste égyptien,
Khaled Al Khamissi est francophone et vit actuellement au Caire.
Après des études en sciences politiques à l’université du Caire,
il étudie les relations internationales à Paris.
Taxi, son premier roman, a été traduit en anglais, italien, espagnol, grec et français.
Son second ouvrage Safinat Nuh (L’arche de Noé) vient de paraître en arabe.
Il aborde le thème de l’exil économique du peuple égyptien vers d’autres pays.
Latifa Zerrouki
Khaled Al Khamissi – Taxi, hawadith al machawir - Dar Al-Chourouk –222 pp., 15 LE
Traduit de l’arabe (Egypte) par Husein Emara et Moina Fauchier-Delavigne.
Taxi - Actes sud 192 pp., 18,80 € - 150 LE
10:17 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : taxi, livre, hiwtoires, saynetes, khaled al khamissi
25.11.2009
Un soir à la gare
Tout près de la place Ramsès, ou se trouvait la statue de cet illustre pharaon, se trouve la gare centrale du Caire.
En cours de rénovation, quelques parties du bâtiment sont couvertes par des bâches vertes, derrière lesquelles se trouvent des échafaudages. Des vendeurs de rue avec leurs marchandises étalées par terre et d’autres dans leurs kiosques contribuent, avec les piétons et les klaxons, au bruit assourdissant qui retentit dans les lieux. Ça sent le maïs grillé et la poussière. Les bouches d’aération de la station métro toute proche sont envahies par des badauds qui traînent et des chauffeurs de taxi qui essayent d’alpaguer des clients grâce à toutes sortes de moyens et de sons.
La voix du haut parleur détonne...
Intérieur de la gare. Grand hall carré où défile la foule.
Des hommes et des femmes ainsi que des enfants font des allées et venues sans arrêt. Au bord du quai, un groupe d’étrangers sont reconnaissables parmi la masse, cheveux et peaux clairs. Ils sont en train d’attendre que la police – qui les escorte presque - fasse ses vérifications, comme si une menace particulière les hantait. Des provinciaux égyptiens se pressent pour ne pas rater leur train qui siffle pour signaler son départ. Deux soldats bavardent en paix, immobiles à leur place devant la vieille porte en bois fermée de la gare qui est ornée de magnifiques dessins géométriques islamiques. Sous le haut toit métallique de la gare, plein de bureaux aux affiches vieilles et mal éclairées, ouvrent leur porte à la clientèle présente.
Environ chaque dix minutes, la voix du haut parleur détonne en annonçant des informations presqu’incompréhensibles « train de Menya partira du quai numéro … ». Les contrôleurs, au bord des quais, vérifient les billets des passagers. Personne ne peut y accéder sans son titre de voyage, même un groupe de militaires, jeunes, en tenue kaki, doivent suivre les règles.
Dans leurs kiosques, les vendeurs de journaux sont aux quatre coins de la gare. Quelques policiers en civil observent attentivement la foule hétéroclite.
Assis au café de la gare (le seul qui s’y trouve), je commande un thé. On me sert très vite, ici on n’a pas le temps d’attendre, pas comme dans le reste du Caire. La télé diffuse des images de foot, l’équipe nationale est sur le point de se qualifier pour la coupe du monde : « vivez le rêve », « le songe de 80 millions d’égyptiens », scandent les pubs successives.
Les murs du café sont en carrelage brun clair, des tableaux pharaoniques et d’autres représentent des scènes de l’époque des mamelouks décorent le café de jolies couleurs. Des individus, assis aux tables qui m’entourent, attendent patiemment en fumant leur cigarette ou en bouquinant. Certains regardent leur montre, d’autres sont devant leur ordinateur portable et un couple se parle en souriant. Le serveur est aux aguets, il m’offre une cigarette après avoir empoché le prix assez cher du thé qui m’a été servi avec un vieux gâteau sec.
Ici, la foule ne disparait jamais !
Les allées et venues continuent… des gens font toute sorte de choses : certains attendent avec leurs valises entre les jambes, d’autres parlent fortement au téléphone ou même avec les mains et quelques-uns se pressent en accélérant le pas. Toutes les classes sociales du Caire sont là, les « costume-cravates » et les femmes chics comme les djellabas et les niqabs. Quelques clochards avec des vêtements noirs de crasse flânent ici et là en marmonnant des mots ou en se grattant la tête.
Ici, la foule ne disparait jamais !
Dans le coin de prière qui sert de mosquée il y a des hommes qui implorent Dieu le visage touchant le sol. Tout juste à côté, des touristes tirent leur valise en jetant des coups d’œil sur les kiosques et en faisant des photos, le tout sous l’horloge centrale qui indique 19h55.
A certains moments, la gare se vide un peu puis se remplit de nouveau au rythme des trains qui arrivent et qui partent. Des vieux trains aux sifflements forts et aigus défient le volume du haut parleur. Malgré tout, l’ambiance générale de la gare est assez calme ce soir. Un brouhaha subsiste mais ne vaut pas le bruit habituel de ce lieu connu pour être un des plus bondés du Caire.
Mouvement continu
Un silence étrange règne cependant là ou les billets sont vendus. La queue ne se compose que de quelques personnes alignées près de la porte arrière de la gare. Celle-ci mène à un parking encore plus calme. Peu de voitures sont parquées. De là, je continue d’apercevoir le mouvement continu des gens : des paysannes portant leurs sacs énormes sur la tête qui avancent lentement vers les quais pour passer à travers les portails de sécurité, deux gars qui marchent côte à côte et une asiatique qui attend seule en plein milieu du carré.
Le va et vient ne s’arrête jamais. Les lumières jaunes longent les quais. Des couples main dans la main font des apparitions. Ils n’ont pas de valise ! Que font-ils dans un lieu pareil sous les arcades qui entourent le carré central ? Ils semblent heureux.
Salem Mohamed
15:59 Publié dans Voyage/Tourisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
dans le tunnel des rumeurs
La première étape de la troisième ligne de métro (Attaba/Abbassia) continue à provoquer un nuage de rumeurs qui entourent l'achèvement des travaux, prescrit en 2011
Deux mois après le glissement de terrain de la rue Al-Gueich, quartier de Bab Al Chéariya au centre du Caire, la vie n'a toujours pas repris son cours. Les habitants sont en effervescence à l’instar des propriétaires des magasins : « C'est à cause des travaux du métro que ce glissement de terrain eu lieu. L'organisme des tunnels ne nous a pas indemnisés comme il faut, » se plaint Sayed, propriétaire d'un magasin des jouets d'enfants.
Mohsen, son voisin, assure que l'Organisme des tunnels leur donne des indemnités « entre 100 et 150 livres par jour. » Une somme considérée comme très modeste. Témoin oculaire de l'accident, Mohsen raconte qu'il était assis devant son magasin lorsque soudain, la terre commença à s'écrouler, laissant un énorme fossé de 10 mètres de profondeur, 20 mètres de large et 30 mètres de long à cause des eaux souterraines. Cette partie de la rue a été totalement fermée. Elle reste toujours occupée par le chantier. « Ceci nous cause des pertes quotidiennes qui dépassent 500 livres par jour, » ajoute Mohsen.
Octobre 2011
Ce glissement de terrain va-t-il occasionner un retard dans les travaux? « On nous a dit que les travaux dans notre rue seront fini dans 3 mois. C'était avant l'accident. Maintenant, on nous parle d'un délai allant de 6 mois à un an », affirme Ahmed, lunetier. L'ingénieur Atta Al-Chérbini, chef de l'Organisme national des tunnels apportait une réponse, sur le site égyptien d'informations Masrawy le 11 septembre dernier : « La réalisation de la première étape de la troisième ligne du métro sera terminée en octobre 2011. »
Une rumeur court timidement au quartier. Elle prétend la présence d'une ancienne cave souterraine qui allait de Bab Al Chéariya jusqu'au fort de Mohamed Ali. Selon Ahmed, notre lunetie,r ceci n'est pas juste: « Si c'était le cas, le Conseil Suprême des Antiquités (CSA) entrerait dans l'affaire. Ce qui ne s'est jamais passé. »
La guerre des paroles continue. Les habitants et les journaux accusent, les responsables se défendent. Il semble que les jours à venir apporteront de nouvelles surprises.
Saleh Karam
Haytham Ragab
15:32 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
La rue El Shawarby d’ici
Allongée perpendiculairement entre les rues Kasr el Nile et Talaat Harb, la rue Shawarby ouvre ses voies uniquement aux piétons. Ces derniers, sont aujourd’hui absents, probablement a cause du match de foot qui se déroulera le jour même entre l’Egypte et l’Algérie. Il semble que seule, la rue Shawarby, sait bien ou sont allés ceux qui la fréquentent habituellement. Cette rue de 15 mètres de largueur, bien pavée, parait ce jour en repos. Les klaxons des voitures circulant sur Kasr el Nile et Talaat Harb s’y croisent, s’y mixent avec des chansons arabes provenant de magasins voisins. Elle s’y transforment en chansons unique et inoubliables.
Samedi matin, le centre ville du Caire semble inhabité. « Rue El Shawarby ? deuxième rue à gauche » répond un gros homme sans me regarder tout en nettoyant les marchandises regroupées dans son petit kiosque. Un petit panneau métallique accroché sur un poteau poussiéreux, annonce Rue-El-Shawarby comme s’il m’attendait au bout de la rue pour me guider.
Cette rue ne contient que des boutiques et des petits kiosques. A proximité de la rue Talaat Harb se trouve une boutique de CD et de DVD, d’autres vendent des journaux. Surmontées par les immeubles les plus prestigieux du centre ville, les boutiques par leur style moderne, provoquent l’aspect esthétique de la rue ainsi que le style de l’architecture Rococo très présent au centre ville. Ces vitrines abritent des milliers de mannequins comme s’il s’agissait d’arrêts de bus pris d’assaut par les passagers qui attendent l’arrivé de leur véhicule.
Les plus anciennes boutiques d’Egypte
En fait, cette rue contient les boutiques le plus anciennes de l’Egypte, la bibliothèque ‘Khodeir’, les boutiques ‘Big Ben’ et ‘Gattegno’. Cette dernière a changé son nom pour un autre, plus contemporain. D’après l’histoire de mes parents : « à l’époque, la rue Shawarby était l’un des centres commerciaux les plus connus du Caire ».
« Voulez vous un jeans monsieur à bon prix ?» me demande un jeune marchand en m’invitant dans sa boutique. Mon refus d’acheter ne semble pas définitif pour lui. On n’y trouve à présent que des marchands qui nettoient les vitrines et mouillent les allées devant leur boutique. Il parait qu’ils sont toujours convaincus que l’eau apportera des clients.
Fainéants sur les chaises en bois, les marchands me regardent avec mon cahier et mon stylo à la main comme si j’étais un extra terrestre. Après un regard appuyé, l’un d’entre eux m’envoie son ami : « qu’est ce que je tu es entrain de faire ? » demande l’homme d’un air curieux, comme ils ne sont pas concernés et ils le savent bien, ils se contentent d’une sourire et quelque gestes de salutations.
Une architecture particulière
Poursuivant ma balade, mes yeux commencent à escalader les immeubles. Mon regard pénètre les fenêtres. Les immeubles qui s’élèvent de 4 à 6 étages apportent de l’ombre à la rue Shawarby et lui donnent une allure européenne entre rococo et style Haussmannien. Différents, mais ils se lèvent ensemble, en harmonie.
La peinture beige qui colorait les immeubles se moque de la peinture si claire des boutiques au dessous. La plupart de ces immeubles sont occupés par des bureaux de comptables, d’avocats et de cliniques privées. Les panneaux noirs à l’écriture blanche collent aux yeux, même après avoir tourné la tête. Les climatiseurs collés sur l’élévation des immeubles abusent l’aspect esthétique de la rue. D’ailleurs, les vastes balcons semblent souffrir de ces boutiques qui dérangent la vie privée des habitants.
L’un d’entre eux, âgé de plus de 70 ans, s’assoie au balcon du premier étage en pyjama. Il boit un liquide que je n’arrive pas à identifier. Il me donne l’impression qu’il se lamente sur les années passées ou cette rue était l’une des plus prestigieuses du centre ville. La plupart des fenêtres sont fermées,On raconte qu’elles se ferment face à la modernité galopante non requise dans cette place. Néanmoins, cela m’empêchent pas d’imaginer ce qu’il se passe derrière.
L’Egypte des années cinquante
Les petits ruelles entres les immeubles sont comblées par les marchandises posées aléatoirement les unes sur les autres. Les élévations des immeubles qui donnent sur ces ruelles paraissent inesthétiques et négligeables. Il s’agit aussi d’un bon lieu pour les jeunes qui n’ont pas l’air d’acheter. Pourtant, il n’y a pas de banc pour s’asseoir et se retrouver. J’imagine qu’ils se groupent dans ces ruelles afin de draguer les filles.
En fait, ca reste la rue Shawarby avec ses ruelles et immeubles particulièrement attachants, le refuge pour ceux qui se lamentent sur l’Egypte des années cinquante.
Youssef Henein
15:11 Publié dans Coup de coeur/Coup de griffe | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

